Frédéric Dambach, le sérieux de la transmission

Frédéric Dambach, 6è dan de judo, international et expert, représente le sérieux de la transmission, qu'en est-il de la transmission du non-sérieux et des pas décalés ?

      A l'entrée du Kodokan à Tokyo, derrière le formidable comptoir en formica devant lequel personne ne passerait sans ôter ses chaussures, était assis un vieux monsieur, vêtu d'un maigre T-shirt anonyme. C'était en avril 2015. J'ai souvent vu de ces grand'pères à la porte des immeubles, en Chine: ils sont à la maison et de la maison, la vie passe devant eux d'un air désabusé, les enfants turbulents  ralentissent pour le saluer avec respect, les adultes lui adressent un signe mais oublient déjà son nom... signe d'éternité.

Le vieux monsieur du Kodokan s'est animé tout soudain "Toi, je connais ton judo !". Frédéric bien étonné, arrête de s'empresser sur ses lacets... Oui, bien sûr! C'est Me Osawa Yoshimi, 10è dan de judo (1926- ). et le vieux monsieur de rire bien fort de la surprise qu'il a réussi à créer, tout à fait non-sérieux pour un 10è dan.

Bien sûr, il n'a pas reconnu Frédéric, mais il se souvient de son judo; Fred est passé par le Kodokan, c'était pourtant il y a bien des années, mais le vieux monsieur insiste "Oui, oui, Guy Pelletier, je connais son judo... et le tien".  Il y a un judo qui court et se transmets: Guy Pelletier a reçu son judo d'Abe Ichiro, Serge Videau n'en a rien perdu et Frédéric Dambach se trahit sur les tatamis sous l'oeil exercé de Me Osawa. La transmission d'Abe Ichiro est une transmission de valeur, il a reçu un 10è dan de judo en 2006 au même jour que Me Osawa, c'est l'apport en France du judo kodokan.

Qu'en savons-nous au Cercle sportif de Judo, rue Bayen ?

Nous avons tous tété le judo de Me Kawaishi, que Me Arbus nous a transmis, une grammaire solide et variée. Me Arbus peut nous raconter qu'il a découvert le judo dans Mickey et l'Illustration quand il avait 7 ans, qu'il s'est essayé à faire tomoe nage dans la paille des champs, et qu'il est arrivé au dojo, pour faire du judo ...comme ça, parce le judo est fait de gestes naturels, il admet tout de même s'être entraîné 15 ans avec Me Awazu Shozo (1923-2016), tout en suivant les cours de Me Kawaishi. Pourtant le judo d'Abe Ichiro, accueilli par les judokas français de Toulouse, était bien connu au dojo, au travers celui de Pierre Roussel, un judo élégant, pratiqué par ce dessinateur inspiré dont le petit judoka qu'il a croqué nous sert toujours de logo, cet ancien élève du Lycée Carnot dont la tradition du dojo raconte les mouvements en cercle.

Voilà pourquoi, j'ai senti sans comprendre, à cette rencontre au Kodokan, que c'était aussi là un fil de mon histoire.

le porteur de clé A.T.

Yoshimi Osawa

 

 

 

 

 

 

 

 



Me Yoshimi Osawa et Frédéric Dambach au Kodokan, avril 2015.